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Traduction et barrières linguistiques : témoignage de Joginder Singh (Transcription française)

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By Vidisha Shah

Cette transcription française révisée et abrégée reprend le discours de Joginder Singh, ancien directeur du Central Bureau of Investigation (CBI), sur la traduction et les barrières linguistiques. La vidéo publiée par Modlingua Live situe son intervention au 16 décembre 2010. Les anecdotes et les appréciations ci-dessous appartiennent à ce témoignage historique. Les salutations, certains passages peu intelligibles et des répétitions ont été retirés ; ce texte n'est pas une transcription intégrale mot à mot.

Pourquoi un ancien responsable de la police parle-t-il de traduction ?

Joginder Singh : Lorsque Ravi Kumar m'a invité par courriel à une conférence sur la traduction, j'ai d'abord répondu que ce n'était pas mon domaine. Il m'a demandé de réfléchir au rôle de la traduction. Après y avoir consacré un peu de temps, j'ai compris que le sujet méritait vraiment mon attention.

En regardant mes propres livres, j'ai constaté que des éditeurs les avaient fait traduire dans plusieurs langues indiennes, notamment le bengali, le tamoul, le gujarati et le marathi, en plus du hindi et du pendjabi. Un de mes ouvrages avait aussi été traduit en indonésien. Cela m'a fait réfléchir à la manière dont les langues et la traduction peuvent rapprocher les personnes.

Communiquer dans une Inde multilingue

La traduction a joué un rôle important dans l'unité de l'Inde. Lors d'un déplacement en Iran en 1973, un interlocuteur nous a demandé pourquoi deux Indiens parlaient anglais entre eux plutôt que leur langue maternelle. Je lui ai expliqué que nos langues maternelles étaient différentes. Dans cette situation, l'anglais nous permettait de communiquer.

Les fonctionnaires et les policiers ne servent pas nécessairement dans leur État d'origine. Ils peuvent être affectés ailleurs et doivent apprendre à travailler avec une population dont ils ne parlent pas encore la langue. C'est une expérience que j'ai connue au Karnataka.

Apprendre la langue des personnes que l'on sert

Lorsque j'étais jeune, j'ai représenté le Pendjab dans un festival de jeunesse dans l'ancien État de Mysore. Le lieu était magnifique, mais je ne comprenais pas la langue. Plus tard, lorsque j'ai indiqué mes préférences d'affectation, j'ai choisi Mysore, et je me suis retrouvé dans ce qui est ensuite devenu le Karnataka.

Il a fallu apprendre la langue locale, car le travail de la police exige des échanges avec les habitants. On ne peut pas simplement rester dans un bureau. Au début, même demander un verre d'eau ou un repas peut devenir difficile. Il faut commencer par les choses les plus simples.

Je raconte parfois une histoire de mon collège. Un professeur qui ne connaissait pas le pendjabi ne comprenait pas les insultes de certains étudiants. Lorsqu'il a enfin appris leur sens, il a répondu à l'un d'eux : « Bonjour, merci, à vous aussi ! » Derrière cette plaisanterie, il y a une leçon : comprendre la langue locale compte dans les relations humaines.

La traduction comme accès aux textes religieux

La traduction a aussi joué un grand rôle dans ma vie personnelle. Je souhaitais comprendre des textes religieux comme la Bhagavad-Gita et le Guru Granth Sahib, mais je rencontrais des difficultés à les lire directement.

À la mission Ramakrishna de Calcutta, j'ai trouvé une petite traduction anglaise de la Gita. Elle est devenue un compagnon de voyage et m'a ouvert un nouveau monde. De même, une traduction anglaise m'a permis de mieux comprendre le Guru Granth Sahib. La langue maternelle ne suffit pas toujours à donner accès à tous les registres d'un texte ; une traduction peut aider le lecteur à en découvrir le sens.

Ces questions demandent de la considération, de l'attention et du respect. C'est aussi pourquoi il est important d'encourager la traduction en Inde.

Un thé au lait en Indonésie

Lors d'un voyage en Indonésie, j'ai demandé du thé au lait à l'hôtel. On m'a servi du thé noir, et mon interlocuteur ne comprenait pas ce que je voulais. Un anglophone qui connaissait la langue locale m'a aidé : il a demandé du thé avec du « susu ».

Ce mot m'a surpris parce qu'il évoquait pour moi un sens très différent dans l'usage indien. L'anecdote est amusante, mais elle rappelle que les associations culturelles ne sont pas les mêmes partout. Il vaut mieux en savoir quelque chose avant de supposer que l'on se comprend.

Les traducteurs donnent une autre portée à l'écriture

J'écris mes articles en anglais, mais des lecteurs me connaissent à travers leurs traductions. Lorsque des amis du Pendjab ou de l'Haryana m'interrogent sur le hindi employé dans mes textes, je leur explique que c'est le travail du traducteur.

La traduction permet ainsi à un auteur d'atteindre des lecteurs auxquels il n'aurait pas accès directement. Elle est également indispensable dans les institutions internationales et dans de nombreuses situations de la vie publique. Il faut reconnaître le travail des personnes qui nous permettent de nous comprendre.

Créer des passerelles et rendre les possibilités visibles

Une base de données réunissant des possibilités de travail dans la traduction, les entreprises, les établissements d'enseignement et les universités pourrait aider les professionnels à trouver leur voie. Il faut rendre ces carrières plus visibles et respecter ceux qui les exercent.

Plus nous sommes capables de comprendre, plus nous pouvons communiquer. La presse en langues indiennes, les médias, les livres et les échanges publics offrent autant de moyens de créer des passerelles. Il n'y a pas de meilleure façon de rapprocher les personnes que de leur donner les moyens de communiquer.

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